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Informations Pratiques 8 septembre 2026 Lecture 6 min

Édito 2026 – Les mots du directeur

Édito 2026 – Les mots du directeur

La musique face à son avenir

La musique n’a jamais cessé de se transformer. Mais ce que nous vivons aujourd’hui est d’une ampleur et d’une vitesse inédites. La création, la production, la diffusion, les métiers, les publics et jusqu’à la définition même de l’œuvre sont profondément bouleversés. C’est dans ce contexte que le MaMA revient, du 14 au 16 octobre 2026, pour deux jours de débats et trois nuits de musique au cœur de Pigalle et de Montmartre.

Depuis sa création, le MaMA a fait le choix de réunir celles et ceux qui font la musique, la pensent, la produisent, la diffusent et la défendent : artistes, producteurs, labels, éditeurs, managers, salles, festivals, médias, plateformes, institutions, entrepreneurs et professionnels, français et internationaux. Un espace où les expériences se confrontent, où les idées circulent et où peuvent naître les coopérations de demain. Cette ambition est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.

Car derrière les indicateurs de croissance de l’industrie musicale se dessine une réalité beaucoup plus contrastée. Les coûts augmentent, les marges se réduisent, les prises de risque deviennent plus difficiles et les modèles qui ont permis à toute une génération d’artistes et d’entrepreneurs d’émerger sont fragilisés.

Dans le même temps, le paysage musical se concentre. Quelques acteurs disposent d’une puissance financière, technologique et médiatique considérable. Les plateformes sont devenues incontournables, les algorithmes participent à la prescription et la visibilité, l’attention et les données sont devenues des ressources stratégiques.

Une question essentielle se pose alors : dans la musique de demain, qui aura encore les moyens de prendre des risques ? Qui financera les projets dont le succès n’est pas immédiatement prévisible ? Et surtout, qui décidera de ce que nous entendrons demain ?

À cette révolution économique et numérique s’ajoute celle de l’intelligence artificielle. L’IA peut être un formidable outil de création, de production, de découverte et de diffusion. Mais elle peut aussi bouleverser la valeur du travail artistique, les droits des créateurs, leur rémunération et l’ensemble de la chaîne de production. Il ne s’agit ni de célébrer cette révolution naïvement, ni de la combattre par principe. Il s’agit de faire en sorte que l’innovation reste au service de la création, des artistes et du public. Cela suppose de défendre la transparence, la rémunération, le droit d’auteur, la traçabilité des œuvres et la maîtrise des créateurs sur leur travail.

Cette transformation doit également s’accompagner d’une véritable transition écologique et sociale. La musique doit continuer à voyager, produire des spectacles et réunir les publics tout en réduisant son impact environnemental. Elle doit aussi s’interroger sur ses conditions de travail, la diversité de ses métiers, l’égalité des parcours et la fragilité de nombreuses structures — en particulier les plus petites, les moins capitalisées, souvent les premières à disparaître quand les arbitrages économiques se durcissent.

Enfin, nous ne pouvons penser l’avenir de la musique sans penser plus globalement celui de la culture. Les contraintes budgétaires se multiplient, les financements deviennent plus incertains et, dans plusieurs pays, la liberté de création et d’expression sont soumises à de nouvelles tensions.

Nous devons être vigilants. La culture n’est pas une dépense que l’on peut réduire lorsque les temps deviennent difficiles. Elle est un investissement dans notre société : elle crée de l’activité et de l’emploi, mais elle fait surtout circuler les idées, favorise la rencontre, crée du commun et contribue à la vitalité démocratique.

La musique possède, plus que toute autre forme artistique, cette capacité à dépasser les frontières. Elle circule entre les pays, les générations, les langues et les cultures. Elle est à la fois création, industrie, patrimoine, économie et liberté. C’est précisément pour cela que le MaMA doit continuer d’être un lieu de débat.

À quelques mois de l’élection présidentielle française de 2027, nous devrons interroger la place de la culture dans notre projet de société : quelle ambition pour la création française ? Quelle place pour les artistes et les entrepreneurs indépendants ? Comment préserver la diversité culturelle face à la concentration ? Comment partager équitablement la valeur créée par le numérique et l’IA ? Comment accompagner la transition écologique ? Comment maintenir un maillage vivant de salles, de festivals et de structures sur les territoires ?

Le MaMA n’a pas vocation à apporter les réponses à ces questions. Mais il a le devoir de les poser et de réunir celles et ceux qui peuvent contribuer à y répondre. Car notre filière ne manque ni d’idées, ni de talents, ni d’énergie. Elle a démontré sa capacité à se réinventer. Mais elle ne pourra affronter les transformations à venir qu’à une condition : ne pas les subir séparément.

Nous devons davantage dialoguer entre artistes et entrepreneurs, indépendants et grands acteurs, professionnels français et internationaux, entreprises et institutions, entre générations. Accepter le débat, y compris lorsqu’il est contradictoire. Défendre nos intérêts sans perdre de vue l’intérêt collectif. Et surtout, continuer à croire que l’avenir de la musique ne se résume pas aux seules logiques de marché. C’est cette conviction qui est au cœur du MaMA.

Pendant les deux jours de la convention, Paris deviendra une nouvelle fois le point de rencontre d’une communauté professionnelle qui, malgré les incertitudes, continue de créer, d’entreprendre, d’innover et de prendre des risques. Deux jours pour écouter, comprendre, débattre, découvrir. Deux jours, surtout, pour imaginer la musique de demain.

Car la question n’est plus de savoir si le monde de la musique va changer. Il change en permanence. La véritable question est de savoir quel avenir nous voulons construire ensemble.

Bienvenue au MaMA 2026.

Fernando Ladeiro Marques

Directeur général